Lors de la prescription d’un médicament, le chirurgien-dentiste prescrit un bénéfice mais également un risque, pouvant être la survenue d’un effet indésirable. Il joue également un rôle clé dans le diagnostic de potentiels effets indésirables odontologiques.
Une étude rétrospective récente, réalisée par le CRPV de Besançon et publiée dans le journal THERAPIES, a analysé les déclarations de pharmacovigilance effectuées par les chirurgiens-dentistes français sur une période de dix ans (2013 à 2023) et enregistrés dans la Base Nationale de Pharmacovigilance.
Durant cette période, 509 signalements de pharmacovigilance ont été recensés, représentant seulement 0.06% de l’ensemble des cas de pharmacovigilance déclarés en France.
Ces signalements se répartissent en trois catégories principales :
- 24.8% concernent des effets indésirables liés à des médicaments utilisés en odontologie et susceptibles d’être prescrits par les chirurgiens-dentistes, notamment les AINS, les antibiotiques, les anesthésiques locaux et les antiseptiques.
- 35.2% relèvent d’effets indésirables odontologiques diagnostiqués par les chirurgiens-dentistes incluant majoritairement des ostéonécroses de la mâchoire (bisphosphonates, Dénosumab), des hypertrophies gingivales (inhibiteurs calciques, Ciclosporine) et des ulcérations buccales (immunosuppresseurs, Nicorandil).
- 28.3% des signalements sont en lien avec la vaccination contre la COVID-19, un chiffre important compte tenu du début de la campagne vaccinale en France en décembre 2020. Plus de la moitié de ces cas concernent des événements de réactogénicité non graves, et certains étant rapportés par les chirurgiens-dentistes pour eux-mêmes.
Les résultats de cette étude mettent en évidence une probable sous-déclaration des effets indésirables par les chirurgiens-dentistes. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette situation, notamment un manque de sensibilisation et de formation à la pharmacovigilance dans la pratique dentaire. Toutefois, la proportion significative de déclarations liées à la vaccination COVID-19 suggère que les chirurgiens-dentistes connaissent le circuit de signalement.
Par ailleurs, l’étude à travers une revue de la littérature rappelle que chaque année de potentiels effets indésirables odontologiques sont rapportés avec de nouveaux médicaments. Dans ce contexte, le rôle du chirurgien-dentiste dans leur détection est essentiel. A travers la déclaration de pharmacovigilance, le chirurgien-dentiste contribue à renforcer la sécurité des patients et à améliorer la détection de signaux sur la sécurité des médicaments.
Références :
Vagnet A, Peyrouzet H, Prontskus V, Guihard C, Vettoretti L, Rabier MBV. Analyse de la déclaration de pharmacovigilance par les chirurgiens-dentistes en France: bilan des 10 dernières années. Therapies [Internet]. 4 mars 2025 [cité 21 mars 2025]; Disponible sur: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0040595725000393